Travail en cours de publication !

6 mars 2011

Pour celles et ceux qui suivaient attentivement notre travail, nous souhaitions vous informer de son évolution. Après ce dur labeur, nous avons choisi de prendre un peu de distance, de nous ressourcer, mais devant l’enthousiasme que vous nous communiquez régulièrement, nous avons décidé d’aller jusqu’au bout. En effet, comme annoncé lors de votre participation au recueil de données, nous avons décidé de nous lancer dans la publication des résultats de cette étude. Nous en sommes à sélectionner les revues internationales susceptibles d’accueillir notre travail et nous nous attelons à la rédaction de l’article. Dès que nous en saurons plus, nous vous en informerons. Alors, n’hésitez pas à continuer de consulter ce blog !

Nous vous souhaitons beaucoup de bonheur à vous et à vos enfants !

Remerciements

21 septembre 2010

Voilà les résultats tant attendus vous pouvez les consulter dans la rubrique ‘pages’ (résumé, introduction, conclusions) alors bonne lecture !

Nous avons soutenu en Juin 2010 et avons obtenu 17 pour le travail écrit et 15 pour la soutenance orale.

C’est donc ici que s’achève ce long travail et comme toute fin, il suscite à la fois joie, satisfaction et une pincée de nostalgie. Nous tenons à souligner que sans vos encouragements et votre participation, il n’aurait pu prendre forme. Aussi, nous mesurons que sans l’implication de toutes les mères, de tous les professionnels et de toutes les associations rencontrés, ce travail n’aurait pu aboutir.

Nous souhaitons saluer la confiance que vous nous avez offerte.

Parmi les personnes que nous souhaitons remercier nous ne pouvons oublier :

  • Paul Cesbron, pour ses lumières en obstétriques et sa connaissance du rapport professionnel/futurs parents
  • Farida Hammani, pour le partage de son expérience de femme, de militante féministe et de sagefemme ayant accompagné des femmes à accoucher à domicile depuis plus de 40 ans
  • Véronique Boureau-Louvet, du centre de Maternologie de Saint Cyr l’école, pour avoir eu la gentillesse de nous recevoir et de nous livrer des informations cliniques sur le processus de maternité et les conséquences de la médicalisation
  • Paul Marciano et toute l’équipe d’organisation du Congrès annuel ‘ Béziers périnatalité ‘ pour avoir permis la diffusion massive du questionnaire lors de leur colloque
  • Solange Chaland, Diane Dalesky, Marie Gianotti pour la relecture minutieuse du mémoire.
  • Martine Ségueilla, pour le partage de son expérience en tant que psychologue clinicienne en périnatalité, et les maternités de Tarbes, pour avoir permis que la théorie s’articule à la pratique.
  • Jean Marc Chantron pour sa présence soutenante et efficace en matière de logistique familiale et informatique
  • Stacey Callahan, professeur des Universtités à Toulouse Le mirail, pour sa présence dans la direction de ce mémoire et son aide au traitement statistique.

Encore un grand merci à vous tous, bonne continuation dans vos parentalités !

« Je suis entrée dans la maternalité, il y a maintenant 9 ans.
Accompagnée de Cécile et Farida, sages femmes, j’ai cheminé ans mon processus de maternité, dans mon rôle de mère.

Dans le même temps, j’ai beaucoup appris des femmes de l’association ‘ Femmes Sages Femmes’ dans laquelle je me suis engagée.

J’y ai fait également la rencontre de divers acteurs en périnatalité soucieux du respect des femmes dans cet évènement insolite, fondamental et bouleversant qu’est l’accouchement, le devenir mère.

Ces dernières années, la collaboration avec Mélinda, m’a permis d’approndir ce cheminement.
Aujourd’hui, ce mémoire est le fruit de toutes ces précieuses rencontres, de cette transmission de savoirs :

Il résulte de l’alliance des femmes. »

Sandra Lefèvre

 

« Je me sens enrichie par cette étude, tant au niveau de ma formation universitaire que des réflexions personnelles que celle-ci a mises en route au sujet de la maternité.

En effet, j’ai vécu l’élaboration de ce mémoire comme une vraie expérience de recherche et ceci est en partie dû aux professionnels qui ont eu l’amabilité de soutenir le projet.

Ce travail a été l’occasion de plusieurs échanges, avec des mères et des professionnels de la périnatalité; qui tous m’ont apportés beaucoup.
Le travail en binôme avec Sandra, de part la dynamique intellectuelle qui s’instaure à deux et la motivation partagée, a était porteur et je la remercie profondément pour son acharnement au travail motivé d’une intention bienveillante envers les mères et les bébés. » Melinda Texier

Avancement de l’étude

12 avril 2010

Bonjour à toutes,

Aujourd’hui, avril 2010, nous avons stoppé le recueil des données. Nous souhaitons avant tout vous remercier pour votre mobilisation massive qui va permettre la publication des résultats de cette étude. Nous vous sommes particulièrement reconnaissantes pour les témoignages et remarques que vous avez bien voulus si généreusement nous livrer.
Nous avons procédé au tri des questionnaires. Nous n’avons pu conserver comme cela vous avez été indiqué précédemment uniquement les questionnaires remplis dans leur intégralité. Ainsi, nous obtenons 918 questionnaires exploitables.

Nous pouvons maintenant vous dévoiler l’objet précis de notre recherche. Il s’agit de regarder

l’impact du déclenchement sur le vécu de l’accouchement.

Pour cela, la deuxième partie du questionnaire correspond à un outil mesurant le sentiment de contrôle durant l’accouchement (The Labor Agentry Scale). Nous avons deux populations distinctes appariées sur l’âge de la mère, celui de l’enfant dernier né et sur le nombre d’accouchement vécu. La première est constituée des femmes ayant accouchée en structure pour lesquelles l’accouchement s’est déroulé physiologiquement sans déclenchement (600 f) versus la deuxième celles ayant accouchée en structure pour lesquelles l’accouchement a été déclenché (126 f). Dans chacune, nous avons élaboré des sous populations selon la présence ou non de la péridurale et/ou la présence ou non de médicalisation telle l’épisiotomie, les forceps, la ventouse, l’expression ventrale, la révision utérine…

Nous avons constitué deux populations de contrôle : la première comprend 85 femmes ayant accouché à la maison. Cette catégorie nous servira de contrôle concernant l’accouchement en structure physiologique sans intervention médicale. La deuxième comprend 105 femmes pour lesquelles l’accouchement est considéré comme pathologique c’est à dire prématuré ou ayant nécessité une césarienne programmée ou en urgence. Cette catégorie nous servira de contrôle par rapport aux femmes ayant accouché en structure par voie basse mais avec adjonction de pratiques médicales.

Notre population rejoint les caractéristiques nationales puisque nous obtenons 20,87% de déclenchement ce qui rend notre échantillon représentatif.

Il nous faut maintenant analyser les résultats du sentiment de contrôle, procéder à l’analyse du contenu de vos vécus et réaliser des entretiens de recherche pour affiner l’impact du déclenchement sur le vécu de l’accouchement.

Nous ne manquerons pas de vous faire part de l’avancer de nos travaux.

Encore un grand merci à vous toutes !

Sandra Lefevre et Mélinda Texier

Conclusions

21 septembre 2010

Ce travail a été riche tant au niveau de la formation universitaire que personnel. Il nous a permis
d’explorer un domaine vaste qui nous tenait à coeur : celui du vécu de l’accouchement et de sa
médicalisation. Pour cela, nous nous sommes centrées plus particulièrement sur les répercussions
psychiques du déclenchement, variable qui a peu été étudiée dans le domaine de la psychologie et
qui soulève pourtant de nombreuses questions.
Il ressort de la partie quantitative de ce travail que nous ne pouvons valider notre hypothèse : le
score au LAS n’est pas significativement différent entre les femmes ayant eu un accouchement
déclenché ou non. Cependant, si nous regardons uniquement la question 8 du LAS (qui interroge
directement le sentiment de contrôle) nous trouvons des variations nettes d’une sous population à
une autre : les femmes qui n’ont pas eu de déclenchement artificiel du travail répondent qu’elles ont
‘presque toujours’ un sentiment de contrôle de la situation. (qu’elles accouchent à la maison ou en
maternité) ; seuls les accouchements déclenchés déclarent en plus grand nombre avoir ‘rarement’ un
sentiment de contrôle de la situation. Ceci amène à penser que le sentiment de contrôle, tel que
mesuré par le LAS, ne dépend pas directement d’un acte, mais d’un ensemble de facteurs. En effet, il
y a une différence nette de réponse à la question 8, avec au final un score qui ne varie pas
significativement. C’est donc que d’autres questions du LAS sont venues contrebalancer les scores.
Au vu de ces résultats, il paraît envisageable qu’une étude future explore quelles sont les variables
qui modifient le sentiment de contrôle suite à un même acte médical (ici, le déclenchement).
Rappelons que la perception de la douleur ainsi que le soutien social ont été démontrés comme
modérateurs de la sensation de contrôle par différents auteurs (cf. « Partie théorique » ci dessus). Il
y a peut être là des pistes pour de futures études. Par exemple : comment le soutien social influence
le vécu d’un accouchement déclenché? Ceci pourrait s’intégrer dans une démarche prophylactique
d’accompagnement à la naissance. Cependant, rappelons que le bien fait du soutien social dans le
vécu de la parturiente n’est plus à démontré. C’est pourquoi nous devons réinterroger notre
démarche de recherche. En effet, est-il pertinent de vouloir dégager les répercussions d’une pratique
sur le vécu des femmes. Chaque femme n’est-elle pas animée d’une histoire singulière qui rend son
vécu d’accouchement unique (cf. « approche psychanalytique » de la partie théorique).
De plus, la sous population qui obtient le score au LAS le plus bas est celle des femmes pour
lesquelles la césarienne s’est imposée alors qu’elles avaient commencé à accoucher à domicile
(inclus dans la sous population AAD). Ces résultats vont dans le sens des résultats d’Akrich et
Pasveer, qui démontrent que c’est le décalage entre les attentes et la réalité effective qui complique
le vécu psychique de l’accouchement. Les résultats de l’analyse de contenu exposés amènent un
questionnement qui va dans le même sens : le vécu de l’accouchement ne dépend t-il pas de la façon
dont celui-ci sera pensé par la femme? Ainsi, le déclenchement n’aura pas la même répercussion en
fonction du sens que la femme lui donne. Rappelons que tout trauma prend place dans l’après coup,c’est en effet le remaniement psychique d’un vécu qui lui donnera sa coloration affective. C’est
pourquoi il nous semble que le vécu du déclenchement de l’accouchement dépend étroitement de
l’accompagnement offert à la femme, ainsi que de sa propre capacité de symbolisation. Ces deux
facteurs affectent la mise en sens que la femme peut faire de son accouchement, et donnera une
tonalité affective différente, d’une femme à l’autre, suite à un même acte. Ainsi, nous pouvons
aisément supposer que, pour telle femme, le déclenchement sera vécu comme une effraction, pour
telle autre il s’agira d’un passage à l’acte, ou bien encore de la seule solution possible pour mettre en
dehors ce qui fut investi en dedans, tant cette expulsion peut faire peur.
D’autre part, en ce qui concerne les accouchements pour lesquels le déclenchement se justifie après
terme, il conviendrait de s’interroger sur le pourquoi cet accouchement ne se déclenche pas
naturellement. Ceci pourrait faire l’objet d’une étude à part entière. Quels mécanismes
psychologiques, dans l’histoire de la personne et dans son rapport à son bébé, entravent le
déclenchement naturel. On remarque là, que dans un premier temps, la place du psychologue se
justifierait pour aider à dénouer la situation et peut être même évité le déclenchement artificiel. Cela
nécessite de la part de l’équipe médicale, de reconnaître cette place, d’accepter qu’en matière de
naissance, parfois, la confiance dans l’humain, dans le processus physiologique et la prise de temps
sont précieux. Cela nécessiterait également que l’équipe se dégage de la peur ancestrale de la mort
en couches pour jouer pleinement son rôle d’accompagnant du processus psychologique
fondamental qui est à l’oeuvre lors de l’accouchement.
Un autre aspect qui n’a pas pu être interrogé dans notre étude et qui nous paraît capable d’enrichir la
compréhension des répercussions de l’acte médical sur les processus psychiques de l’accouchement,
serait : qu’advient-il du mécanisme du Haïr de Tanquerey et Py, lorsque il y a déclenchement
artificiel. Là encore, cette étude s’inscrirait dans une démarche préventive du lien mère-bébé car
nous pouvons postuler que c’est par une mise en sens de la haine que peut advenir l’amour maternel
(cf. la violence fondamentale de Bergeret).
Le travail de recherche et de réflexions issu de ce mémoire nous amènent à encourager les
professionnels de la périnatalité à prendre en considération la multiplicité des facteurs qui
influencent le vécu de l’accouchement. La réalité de celui-ci est à redécouvrir avec chaque femme,
car chacune peut donner sa signification propre à cette expérience et aux rites qui l’entourent
(péridurale, monitoring, déclenchement…). Pour cela, il est nécessaire de prendre en compte le fait
que la parturiente ne peut être objectivée, traitée en objet sur lequel la médecine exerce son savoir.
La mise au monde touche de près la mise à mort (cf. Les décès mères et/bébés depuis des siècles) et
éveil donc le souci de sécurité. Pour autant, l’accouchement doit être accompagné dans sa spécificitépropre qui en fait une expérience maturante dans la vie d’une femme.
Il ne s’agit pas de se limiter à prendre en compte le corps et sa sécurité matérielle, il faut également
intégrer la dimension psychique de l’accouchement : passage d’un état fusionnel à une relation
duelle. Si cela n’est pas mis en sens par l’équipe, la femme risque de se sentir effractée, car elle ne
reconnaît pas d’adéquation entre les actes techniques posés de façon automatique et le ressenti
émotionnel qui lui est propre. Une autre possibilité, peut être plus grave encore, est qu’elle se
confonde avec cette position d’objet dans laquelle la place l’hypermédicalisation. Alors la femme
perd sa capacité de subjectivation, elle est indifférente aux actes, posés ou non, lors de la mise au
monde de son enfant. Cela nous évoque les travaux de Melman qui révèlent une évolution sociétale
qui engendre des sujets dépourvus d’intériorité. Ceci nous laisse avec un questionnement quant à la
possibilité de ces mères à être habitées par la « préoccupation maternelle précoce », pourtant si
précieuse au premier attachement mère/enfant comme il n’a eu de cesse d’être démontré depuis les
travaux de Winnicott.

Introduction

21 septembre 2010

L’accouchement est une expérience majeure dans la vie d’une femme. Il occupe une position d’entre
deux puisqu’il constitue la transition entre deux états différents, celui de la grossesse et celui de la
maternité. Cependant, il ne se réduit pas au « passage » d’un état à l’autre car il a sa fonction propre.
Rappelons que l’accouchement a pour finalité l’expulsion du bébé, c’est donc la mise au dehors d’un
être qui a été investi en dedans de soi. Ainsi la femme deviendra mère en acceptant d’offrir au
monde son enfant ; l’accouchement est la première étape de la longue séparation qui doit prendre
place entre la mère et son enfant : ceci est la condition d’humanisation de ce dernier.
Cela est loin d’être anodin pour la femme et a des répercussions psychiques et physiques variées
(douleurs, déchirement, dépression…). De plus, cet événement restera gravé dans la mémoire de la
femme ; par exemple, le fait de participer activement à son accouchement entraine des souvenirs
positifs de cet évènement. C’est pourquoi nous nous interrogeons sur le sentiment de contrôle durant
l’accouchement. En effet, celui-ci est reconnu comme un facteur de protection de la santé de la
femme.
Aujourd’hui, nous assistons à une industrialisation de la naissance, c’est à dire que les femmes
accouchent dans une ambiance médicalisée qui laisse souvent la femme en position de passivité.
Certaines femmes se réjouissent de ce contexte médical apportant une forme de sécurité, d’autres
s’en défendent et n’hésitent pas à la nommer ‘hypermédicalisation abusive’.
De tout temps l’accouchement est médiatisé par le social, mis en forme par la culture. La
médicalisation de l’accouchement en lui même peut être considérer comme un rite contemporain,
une tentative de canaliser cet événement qui réveille des angoisses archaïques de par le déferlement
pulsionnel qu’il implique. Par ailleurs, la médicalisation vient en réponse à une crainte justifiée,
celle de perdre un être cher, et a comme fonction de limiter les accidents effectifs en même temps
que de colmater l’angoisse inconsciente et collective qui entoure la naissance (cf. les nombreux
décès des mères et des bébés dont l’histoire de l’accouchement est chargée). Cependant, lorsqu’on
interroge les femmes on s’aperçoit que leur première exigence n’est pas la sécurité mais un souci
d’être reconnues compétentes et actives (Ben Soussan). L’accouchement se déroule désormais quasi
systématiquement à l’hôpital. Par conséquent, il est assimilé à un acte qui relève de la médecine et
impose à la femme qu’elle s’en remette à des techniciens de la naissance qui lui appliquent leurs
savoirs faire et ne laissent pas toujours place à son propre vécu. Nous nous demandons quelles
répercussions cela a t-il sur les processus psychiques à l’oeuvre chez la parturiente?
Le champ des interventions médicales est large en matière d’accouchement. Nous avons fait le
choix de centrer notre étude sur une technique précise : le déclenchement. Ce choix répond à notre
désir d’aborder une pratique dite « de convenance » et non directement en lien avec la sécurité de lamère ou de l’enfant. Nous proposons de concevoir cette médecine « de confort » (déclenchement,
péridurale) comme l’expression d’une idéologie dominante : celle qui prône l’acquisition (d’objet,
d’argent, mais aussi « d’avoir un bébé ») au moindre frais (matériel mais psychique aussi). Ceci pose
question, car nous savons que ce choix n’est pas anodin au niveau des répercussions physiologiques
(cf. travaux de M. Odent) et peut même entrainer des conséquences médicales non négligeables : il
y a deux fois plus de césarienne suite à un accouchement déclenché). Pourtant, le déclenchement est
largement répandu puisqu’il y a actuellement, en France, 20% d’accouchement déclenchés.
Précisons que, ce chiffre comprend les déclenchements pour causes médicales (souffrance foetale
par exemple) que notre étude exclut. Nous avons fait le choix de nous interroger uniquement sur les
déclenchements de convenance (à la demande du médecin ou de la mère) ainsi que sur ceux
pratiqués pour dépassement de terme sans qu’il y ait de souffrance foetale avérée (de nombreuses
structures déclenchent l’accouchement « le jour j » si celui-ci ne s’est pas spontanément mis en
route). Précisons que, en France, le déclenchement de convenance se fait à partir de 39 S.A. et que
90% des femmes accouchent spontanément avant 42 semaines. Précisons également qu’une des
raisons de l’augmentation du déclenchement est due à la fermeture des petites maternités de
proximité. Les femmes qui doivent rejoindre une clinique éloignée de leur domicile préfèrent
parfois que leur accouchement soit déclenché car elles craignent d’accoucher durant le trajet.
Diverses études s’intéressent aux répercussions physiques/physiologiques du déclenchement, mais il
semble que peu d’études explorent les conséquences psychiques de cette pratique.
En revanche, de nombreuses études mettent en avant qu’un manque de contrôle perçu lors de
l’accouchement a des répercussions néfastes. C’est pourquoi il nous parait intéressant d’articuler ces
deux variables, celles du contrôle perçu et du déclenchement, pour voir s’il existe un lien significatif
entre les deux. Sachant qu’un contrôle perçu faible peut entrainer un évitement de contact avec le
bébé, notre questionnement quant aux répercussions du déclenchement sur le contrôle perçu relève
d’un souci de prévention du lien précoce mère/bébé.
Par ailleurs, nous avons souhaité aborder la question du vécu du déclenchement avec les femmes.
Au delà d’un sentiment ou non de contrôle, qu’est ce que les femmes peuvent dire de leur
accouchement? Quel sens prend cet acte pour elles? Ici, nous ne pouvons apporter d’hypothèse, il
s’agit d’une attitude exploratoire qui a pour visée d’ouvrir des pistes de réflexions sur la façon dont
la femme intègre le déclenchement au récit de son accouchement : quel place peut elle lui donner?
Quel sens lui attribut-elle? Cette partie de l’étude vient d’un désir d’appréhender les résonances
inconscientes mobilisées par cette pratique, car il nous paraît peu anodin que la première séparation
d’avec le bébé soit imposée de l’extérieur, à l’aide d’hormones artificielles : cela fait-il effractiondans le corps et la psyché de la femme? Le déclenchement a-t-il une fonction ? (par exemple celle
de colmater sa propre incapacité à faire sortir le bébé).
Pour mener à bien notre étude, il nous a paru important de prendre en considération plusieurs
niveaux du vécu de l’accouchement. Nous avons choisis de présenter la théorie en deux grandes
partie (« maternité publique »/ »maternité privé ») car la mise au monde articule deux niveaux :
celui du collectif et celui du vécu intime. Notre étude s’interroge plus précisément sur cette
deuxième variable, c’est à dire le vécu intra psychique de la parturiente, mais il nous a semblé
important d’accorder une réflexion théorique au rôle culturel car celui-ci influence fortement le vécu
intime. En effet, si nous considérons le déclenchement comme une forme contemporaine de
ritualisation de l’accouchement qui, dans nos pays industrialisés, s’inscrit dans la médicalisation,
nous devons alors faire un détour par les représentations sociales de l’accouchement.
Nous nous interrogeons ensuite sur la « maternité privée », c’est à dire les différentes variables
intra- psychiques qui influencent le vécu de l’accouchement. En effet, la femme doit traverser un
long processus maturatif, plus ou moins conscient, pour advenir à son identité de mère. Celui-ci
prend racine dès les identifications de la petite enfance, mais ce n’est qu’au moment de la grossesse
que quelque chose en transparait dû à un abaissement des mécanismes de refoulement. Ce processus
atteint sa pleine maturité dans l’interaction avec le bébé. En effet, c’est l’enfant de la femme qui la
fera mère si celle-ci y consent. L’accouchement est un temps t, qui comporte sa spécificité au sein
de ce processus.
Pour interroger la façon dont le déclenchement influence ce processus de « devenir mère », nous
présentons les mécanismes inconscients à l’oeuvre dés la grossesse, et qui se poursuivront au delà,
pour constituer le processus de maternalité. Ceci est difficilement appréhendable mais nous offre un
cadre théorique pour penser ce qui fait la singularité de chaque vécu d’accouchement.
Nous nous centrons ensuite sur les concepts qui concernent plus directement notre étude et dont
nous pouvons espérer capter une réalité objectivé à l’aide d’outils adaptés. C’est alors que nous
exposons le concept de contrôle perçu, ainsi que d’autres concepts clés dont il est difficilement
séparable. Nous terminons par relater les expériences relatives au sentiment de contrôle et à
l’accouchement pour nous amener progressivement à notre question de recherche.

résumé du mémoire

21 septembre 2010

Cette étude s’intéresse au vécu de l’accouchement déclenché. La partie théorique présente les différentes dimensions qui influencent l’accouchement : culturelle, historique, intra-psychique, rôle de l’entourage. Nous présentons la théorie en deux parties : « Maternité publique », qui relate les données propres aux facteurs collectifs qui affectent la naissance ; « Maternité privée », qui s’intéresse aux théories psychologiques de la maternité. Cette deuxième partie s’appuie sur les apports psychanalytiques du vécu inconscient lors du « devenir mère », ainsi que sur le modèle transactionnel qui s’inscrit dans le courant de la psychologie cognitive. Cette dernière partie de la théorie nous permet d’introduire les études qui ont exploré le « contrôle perçu » lors de l’accouchement.

 

Notre problématique s’articule autour de deux axes de recherche. La première s’appuie sur une hypothèse relative à la façon dont le déclenchement influence le contrôle  perçu. C’est en suivant une approche quantitative que nous tentons de dégager des données relatives à cette question. Nous avons fait le choix d’un large échantillon (918 femmes) et pour cela, nous avons interrogé les sujets à bases de questionnaires remplis par internet.

La deuxième partie introduit une question exploratoire quant à la place que donne une femme au déclenchement dans le récit de son accouchement. Cette question est renseignée à partir d’une analyse de contenu effectuée sur un entretien de recherche. Cette démarche a pour objet de mieux cerner les processus à l’œuvre dans le vécu de l’accouchement déclenché, qui ne peuvent être appréhendés par la diffusion massive de questionnaire.

 

Le traitement statistique des données quantitatives ne montre pas de différence significative entre le contrôle perçu des femmes ayant eu un accouchement déclenché ou non. Cela nous amène à postuler l’existence d’autres variables qui influencent le sentiment de contrôle : notamment le rôle de l’entourage. De plus, les résultats mettent en évidence que le décalage entre les attentes et le déroulement effectif de l’accouchement entrainent un faible sentiment de contrôle et des témoignages de vécus négatifs. Les résultats de l’analyse qualitative nous amènent à penser que diverses variables s’articulent entre elles, laissant un vécu propre à chaque femme.

Cette étude  met en lumière la complexité des processus à l’œuvre chez la parturiente et encourage à approfondir la recherche psychologique en périnatalité. Celle-ci s’intègre dans une démarche préventive de la mise au monde, qui ne concerne pas uniquement le corps physique mais également les composante s psychiques à l’œuvre chez la parturiente.

 

Mots clés : déclenchement ; accouchement ; contrôle perçu ; maternité ; médicalisation.